Tout au long de la grossesse, on prépare l’accouchement, la valise pour la maternité, la chambre de bébé, ses vêtements, etc. Mais finalement, se prépare-t-on réellement à accueillir ce bébé ? À devenir son parent ? À entrer dans le monde de la parentalité ? Et pour la femme qui vient de vivre une grossesse et un accouchement, quels sont les enjeux ? Que se passe-t-il dans son corps, dans sa tête ?
Car si, durant ces 9 mois, toute l’attention est focalisée sur la future maman, après la naissance, c’est une toute autre histoire. Les rendez-vous médicaux sont centrés sur le nouveau-né, l’entourage “vient voir le bébé”, tout le monde le trouve merveilleux et s’imagine que les parents sont forcément les plus heureux du monde. Mais finalement, personne ne demande à la maman : “Et toi, comment tu vas ? Comment tu te sens ?”.
Car si devenir parent est vu par notre société comme quelque chose de merveilleux (qui n’a jamais entendu le fameux “c’est que du bonheur” ?), la réalité est parfois tout autre.
La période postnatale, le post-partum, est une période de vie particulièrement intense, chamboulante et qui peut être vécue de façon très différente d’une femme à une autre. Mieux comprendre cette étape, s’informer, la préparer, permet de vivre le retour à la maison avec bébé avec plus de sérénité et de confiance.
Mais au fait, c’est quoi concrètement le post-partum ?
La définition du Larousse vous dira : “Période s’étendant de l’accouchement au retour de couches (réapparition des règles). Le post-partum dure environ six semaines lorsque la mère n’allaite pas, plus longtemps si elle allaite.”
Donc concrètement, nous pouvons déjà partir du fait que toute femme qui donne naissance vit un post-partum.
Mais cette définition, personnellement, je la trouve franchement réductrice, et c’est pourquoi je vous livre ici pourquoi elle mérite d’être un peu plus développée et approfondie.
Car le post-partum est en réalité bien plus que ça !

Avoir porté la vie, donné naissance puis devenir mère implique un bouleversement profond (physique, hormonal, émotionnel, identitaire et relationnel) qui ne se limite pas à un simple retour de couches. C’est donc là que la question de la durée se pose : peut-on réellement enfermer le post-partum dans une période de six semaines ?
La sage-femme et autrice Anna Roy évoque, elle, un post-partum qui durerait trois ans. Trois ans, ce serait le temps nécessaire pour traverser les bouleversements physiques, psychiques et identitaires liés à la naissance d’un enfant et à la construction de la maternité.
Pour ma part, au fil de mes accompagnements et de mes lectures, j’en ai conclu qu’en réalité, la durée du post-partum n’était pas véritablement définissable. Elle varie d’une femme à l’autre, d’une histoire à une autre. Pour certaines, les ajustements se font en quelques mois. Pour d’autres, ils s’étendent bien au-delà.
Pour comprendre pourquoi le post-partum ne peut pas se résumer à quelques semaines, il est essentiel d’explorer ce qui se joue réellement après la naissance : d’abord dans le corps féminin, puis sur le plan émotionnel et psychique.
La grossesse ne s’arrête pas du jour au lendemain

Après l’accouchement, la femme est considérée comme “non enceinte”. Pourtant, elle l’est encore sur les plans organique et psychique, mais d’une nouvelle façon.
Si l’on connaît bien les transformations qu’implique la grossesse, celles qui se jouent après sont souvent plus méconnues. Car après l’accouchement, tout ne s’arrête pas, bien au contraire. Le corps féminin poursuit son œuvre : il continue de travailler, en silence, sans que cela ne soit perçu par l’entourage, et même souvent par la femme elle-même. C’est un travail gigantesque pour le corps : il doit défaire en quelques semaines ce qui a été mis en place pendant 9 mois, physiquement mais aussi psychiquement.
Ingrid Bayot, sage-femme et autrice du livre Le quatrième trimestre de la grossesse, parle de dégestation.
La dégestation correspond aux processus physiologiques qui se mettent en place après une naissance. C’est une période durant laquelle le corps et l’esprit de la femme se réorganisent. Il ne s’agit pas d’un retour à “l’état initial”, car le corps ne revient pas à son état d’avant grossesse : il cherche un nouvel équilibre.
Dans notre société, le corps de la femme en post-partum reste encore très peu abordé. Pendant la grossesse, et plus encore après la naissance, les femmes sont souvent peu informées de ce qui se joue réellement dans leur corps.
On évoque généralement le retour progressif de l’utérus à sa taille initiale, les pertes de sang (lochies) pendant quelques jours ou semaines, ou encore les risques liés à une épisiotomie et bien souvent, cela s’arrête là.
Pourtant, l’organisme maternel accomplit un travail immense, dont on parle peu. De nombreux inconforts peuvent apparaître : douleurs lombaires, au bassin ou au sacrum, risque accru d’hémorroïdes lié à la pression de la grossesse et aux efforts de poussée, transpiration excessive due à l’élimination des liquides accumulés, chute hormonale brutale…
À cela s’ajoutent une vessie plus distendue pouvant entraîner une sensation de perte de contrôle, des ligaments encore très relâchés augmentant le risque de blessure, ainsi que des abdominaux écartés, qui ne peuvent plus assurer pleinement leur rôle de soutien des organes en train de se réorganiser.
Lorsque ces manifestations ne sont pas expliquées en amont, elles peuvent être vécues avec incompréhension, voire colère, avec le sentiment de ne pas avoir été suffisamment préparée et prévenue. Mon objectif ici n’est pas d’inquiéter, mais bien d’informer : mieux comprendre ces possibles changements permet de les accueillir plus sereinement lorsqu’ils se présentent, car rappelons néanmoins qu’ils ne sont pas systématiques !
Tout ce travail invisible du corps impacte la femme, sur le plan physique bien sûr, mais également sur le plan énergétique, émotionnel et psychique.
Devenir mère, un profond chamboulement

Depuis des décennies, le fait de devenir parent est vendu comme le bonheur absolu. Nous sommes abreuvés d’images de la famille idéale et de la mère épanouie au corps parfait. Bref, nous évoluons dans un monde où l’état psychique de la mère est impensé, éclipsé par le bonheur censé être apporté par le bébé.
Pourtant, de nombreuses mères ne se retrouvent pas dans ce tableau parfait.
Et pour cause : la période postnatale est une période de vulnérabilité pour la femme. Le remaniement cérébral qui se met en place dès la grossesse la rend plus perméable aux émotions, de son bébé bien sûr, mais aussi à celles de son entourage !
La femme en post-partum est donc dans une hypersensibilité émotionnelle, et c’est normal. Du fait des changements hormonaux, des besoins intenses du bébé, du sommeil fragmenté et de l’énergie qu’implique le fait de s’occuper d’un nouveau-né (100 % dépendant !), la jeune maman peut aussi faire face à des émotions paradoxales et déstabilisantes : euphorie, sentiment d’être totalement comblée puis, l’instant d’après, des doutes, des regrets, l’impression de ne pas être à la hauteur, etc.
Tous ces ressentis sont normaux et légitimes. Mais si personne ne vous en a parlé avant, alors vous pouvez vous sentir “anormale”, “différente”, “mauvaise mère”… bref, coupable.
Le post-partum, ça se prépare et ça s’accompagne !
La façon dont le post-partum se déroule dépend souvent de la façon dont on s’y est préparé, de comment on a été informé durant la grossesse, de comment s’est passé et a été vécu l’accouchement, ainsi que de la prise en charge des premiers jours avec bébé.
L’accompagnement périnatal, c’est aussi ça : préparer cette période intense pour la vivre avec plus de sérénité, comprendre ce qu’il va se passer dans votre corps, dans votre tête, et ne pas se sentir “nulle”, “incapable” si une difficulté se présente. Savoir que c’est normal, que d’autres femmes passent par là aussi, mais également qu’il y a des personnes qui peuvent vous aider et vous accompagner dans ce que vous vivez est primordial.

Après la naissance, parfois, le simple fait de pouvoir raconter sa grossesse, son accouchement, mettre des mots sur ses ressentis peut être libérateur. Raconter son vécu permet de se distancier, de sortir de la sidération, de modifier son ressenti et de mieux le vivre, sans l’effacer pour autant.
Sachez aussi que nous sommes de plus en plus nombreuses, en tant qu’accompagnantes périnatales, à proposer un soutien directement à domicile pour vous chouchouter, vous accompagner dans votre récupération physique, vous apporter du relais, une aide logistique et vous guider avec bébé.
Bref, pour vivre un post-partum plus doux et en confiance.
N’hésitez pas à consulter le site Le Mois d’Or, qui répertorie les accompagnantes spécialisées dans l’accompagnement postnatale dans toute la France.
Certains soins corporels comme le resserrage du bassin, le soin rebozo ou la réflexologie plantaire sont de précieux alliés pour traverser en douceur cette vaste période qu’est le post-partum.
Prenons soin des mères, honorons-les et reconnaissons toute la puissance de ce qu’elles traversent.
Si ma vision vous parle, si vous êtes enceinte et que vous avez envie d’en savoir un peu plus que “je dois mettre quoi dans ma valise pour la maternité ?”, ou si vous êtes actuellement en post-partum et que vous ressentez le besoin d’être soutenue et accompagnée, je suis là 🧡




